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Laurent Contamin
auteur, metteur en scène, comédien
Trois petites formes théâtrales
En pure Perte, Juby, Le jeune Homme Paul  et En attendant Dersou  toujours en tournée "à la carte" (musées, théâtres, bibliothèques, lycées, bars, à domicile...)
Prenez date ! (onglet cont@ct, en haut à droite). + d'infos sur la page FB Une trilogie européenne. Prochaines dates : Château-Thierry (02), Poët-Laval (26), Gif-sur-Yvette (91), Paris
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Veillée d'Armes

MYRIAM : Je sais où est Grand-père. (Claire et Jean s’arrêtent, médusés. Un long temps). C’est beau, ce silence. C’est comme un parc après la pluie, quand le soleil revient sur les arbres mouillés. Et c’est une transfiguration du monde que le soleil apporte. Et vous aussi, vos visages séparés de vos paroles, ils témoignent de la beauté du monde et de la création.

JEAN : Il est où ?

MYRIAM : Je pensais à un truc : un jour, des journalistes viendront vous interroger sur moi : comment vous avez accueilli ma vocation, et qu’est-ce que ça fait d’être les parents d’une cardinale, et si vous avez tout de suite fait le parallèle avec Jeanne d’Arc, et si vous avez des conseils à donner aux parents, ce genre de trucs. Qu’est-ce que vous répondrez ?

CLAIRE : C’est très grave, ce que tu dis, Myriam. Si tu sais quelque chose, il faut le dire.

MYRIAM : Parce que Jeanne d’Arc aussi, au début personne la croyait, à Domrémy. Y avait que ses moutons qui la croyaient. Moi c’est pareil, on dirait qu’y a que les crabes et les crevettes qui me croient. Alors je vous préviens : faudra pas vous la taper, plus tard, avec les journalistes.

JEAN : Tu l’as vu ?

MYRIAM : Je ne l’ai pas vu mais je sais où il est.

JEAN : Ne me dis pas que tu as entendu des voix, ou que tu as eu une vision…

MYRIAM : Non. Je le sais. De source sûre.

CLAIRE : C’est la filière paroisse ?

MYRIAM : Je flambe pas mes sources.

JEAN : N’importe comment, il est où ?

MYRIAM : On n’a rien sans rien dans ce monde marchand.

JEAN : Qu’est-ce que... (A Claire :) Qu’est-ce qu’elle a dit ?

CLAIRE : …

JEAN : C’est censé signifier quelque chose ?

MYRIAM : Toute parole est signifiante.

JEAN : Hein ?

MYRIAM : J’ai une requête. (Un temps). J’ai deux amis qui veulent passer.

CLAIRE : Passer ?

MYRIAM : Traverser. Passer de l’autre côté. Tunnel ou ferry, as you like.

CLAIRE : Je ne comprends pas.

MYRIAM : Cœurs sans intelligence ! Esprits lents à saisir !

JEAN : Dis donc sois gentille, hein.

MYRIAM : Il ne s’agit pas d’être gentille ! Il s’agit d’être vivante ! Et de donner son plein ! A temps et à contre-temps ! Et radicalement ! Abondamment ! Surprenamment ! Vous pouvez comprendre ça ?

CLAIRE : Ça c’est un coup de ta copine. Ulrike Meinhof.

JEAN : Qui ça ?

CLAIRE : Hanna Truc, là.

MYRIAM : Quand mes deux amis m’auront donné de bonnes nouvelles depuis Londres (« Ici Londres »), je vous dirai où est Grand-père. Maintenant je vais faire mes devoirs, préparer mon cartable pour demain, plier mes vêtements bien rangés sur ma chaise, me brosser les dents, un peu de crème sur le nez pour prévenir l’arrivée des points noirs, un Je vous salue Marie et au dodo : je n’ai que trop veillé. Bonne nuit, Nicolas et Pimprenelle.

Les parents : achevés.


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