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Laurent Contamin
auteur, metteur en scène, comédien
Trois petites formes théâtrales
En pure Perte, Juby, Le jeune Homme Paul  et En attendant Dersou  toujours en tournée "à la carte" (musées, théâtres, bibliothèques, lycées, bars, à domicile...)
Prenez date ! (onglet cont@ct, en haut à droite). + d'infos sur la page FB Une trilogie européenne. Prochaines dates : Bures-sur-Yvette (91), Valréas (84), Senlis (60)
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En tournée
Résidence janvier-juillet à Bourron-Marlotte, avec le Service Livre du Conseil Régional d'Ile-de-France.
Au programme :
- 20 mars 10h-12h, table ouverte à la bibliothèque municipale & 17h-18h, lecture publique à la libraire-galerie L'Empreinte, à destination du jeune public
- 12 avril 15h-17h, table ouverte au café de la paix & 18h30-20h, atelier d'écriture à la librairie-galerie L'Empreinte
- 13 avril 10h-17h, rencontre à l'Astrolabe de Melun
- 14 mai 20h-21h30, En attendant Dersou  à l'Atelier Delort
- 18 mai 19h-23h, nuit des musées à la mairie-musée
- 24 mai, nuit de la lecture
... à suivre... > résidence
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En pure Perte
J’apprends à voir, oui. Par exemple : je n’avais jamais pris conscience du nombre de visages qu’il y a. Il existe une foule de personnes, mais plus encore de visages que de personnes. Parce que voilà : chacun de nous en a plusieurs.
Il y a des gens, mettons, ils portent un visage pendant des années, évidemment ça s’use, ça se salit, un visage – ça se gerce, ça se déforme comme des gants qu’on a portés en voyage. Ce sont des gens simples, économes, des gens de peu comme on dit ; ça fait qu’ils n’en changent pas, ne le donnent même pas à nettoyer, rien : « Non non, ce visage nous suffit » – s’ils le disent c’est que c’est vrai.
Sauf que du coup on se demande : s’ils ont plusieurs visages et qu’il n’en utilisent qu’un, qu’est-ce qu’ils font des autres ? Ils les gardent. Ils les conservent. Ce sera pour… Tiens, oui : leurs enfants n’auront qu’à les porter plus tard. Mais il arrive aussi que leurs chiens les mettent pour sortir – et pourquoi pas ? Un visage reste un visage.
D’autres changent incroyablement vite de visages, les portent l’un après l’autre, et hop, et hop – ils flambent leur stock. Ils croyaient en avoir suffisamment pour toujours, mais ils ont à peine quarante ans, et voilà déjà le dernier. Quarante ans, imaginez. Ça a un côté tragique, non ? Ils ne sont pas habitués à faire attention à leurs visages (des têtes brûlées on dit ça, je crois) le dernier est abîmé en huit jours, a des trous, en de nombreux endroits il est fin comme du papier-bible, et peu à peu apparaît le fond, la doublure, le non-visage, et c’est ce non-visage là qu’ils promènent le restant de leur vie.
(d'après Journal de Malte-Laurids Brigge, Rainer-Maria Rilke, trad. O. Loeffler et L. Contamin)

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