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Laurent Contamin
auteur, metteur en scène, comédien
Un clic, un texte
Claudel chez Bernanos
> Le jeune Homme Paul  à Paris !
 
RV à l'Espace Georges Bernanos
4 rue du Havre 75009 Paris
(St Lazare, Havre-Caumartin, Auber)
 
vendredi 6 décembre 20h30
samedi 7 décembre 20h30
dimanche 8 décembre 17h
 
Résas : 01 45 26 65 22
 
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Tant que nos coeurs flamboient
.../... "Quand ils sont venus, avec leurs matraques et leurs chiens, Maman n’était pas là. J’étais petite mais je me rappelle leur odeur. Une odeur que je ne connaissais pas non plus, pas plus que je ne connaissais la peur, avant tout ça. Une odeur que la vie plus tard a parfois fait ressurgir : ce n’était ni l’odeur du cuir de leur blouson, ni celle de la sueur, ni celle du métal, de la poudre, des chiens, de leur haleine ou de leur crasse, ni l’addition de toutes ces odeurs, mais une odeur qui les englobait toutes, les dépassait : l’odeur de la haine. Ils sont repartis bredouille, je suis restée sous la table, à jouer avec les marionnettes de papier mâché qu’Amanda me fabriquait.
 
La nuit, elle est venue me chercher en catimini, Amanda. Et au petit matin elle est allée à la prison de Rancagua, elle a demandé à voir son mari – oui, c’est comme ça qu’elle l’a appelé, même s’ils ne vivaient plus ensemble : mi marido. Mi marido Manuel. Elle a intercédé pour lui auprès du directeur de la prison centrale, qui se trouvait être un ancien collègue de mon père et qui l’appréciait, parce que mon père l’avait défendu, un jour, dans son travail. « C’est un type bien », il a dit à ma mère. Et il lui a tendu un laissez-passer pour nous trois, valable 24 heures. En tant que fonctionnaire de la justice, il avait le droit de distribuer quelques-uns de ces précieux sésames. On avait 24 heures pour quitter le pays – le type bien, son ex-femme et moi. La plupart des ambassades étaient saturées, il restait l’ambassade de France. Ma mère a demandé à mon père d’aller chercher dans la grande maison bourgeoise quelques affaires qu’elle ne pouvait se résoudre à abandonner – « et le plus important, elle a ajouté, mi biombo – mon paravent » – celui-là, donc. On y revient.
 
Elle fabrique un avion en papier avec le laissez-passer.
 
Moi, j’aurais voulu qu’il me rapporte ma tortue, la grande tortue de terre qui dormait entre les racines du flamboyant, si grande que je m’accroupissais dessus, et que la tortue me promenait dans le jardin… Mais c’était compliqué, de trouver la tortue, de lui faire prendre l’avion… Les robes et les bijoux de Madame, faut-il s’en étonner, avaient disparu, la nounou semblait surprise et gênée de voir débarquer Manuel à l’improviste. Quelques secondes, peut-être, la peur a changé de camp. Oh, quelques secondes à peine..." .../...
 
Tant que nos coeurs flamboient, Ed. Christophe Chomant
 
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